2. Histoire de la manufacture des Terres de Bordes
Voir la localisation sur le plan
Vue de l'exposition - Salon des porcelaines © madd-bordeaux - L. Gauthier
Après la découverte d’un gisement de kaolin à Saint-Yrieix en 1768, les manufactures de porcelaine fleurissent partout en France. Habiles négociants installés rue des Argentiers à Bordeaux, Pierre et Jean Verneuilh, décident de fonder leur propre fabrique au château des Terres de Bordes en 1781. Ils ne parviennent toutefois pas à produire de la porcelaine suffisamment belle pour être décorée et vendue. En 1787, ils mettent à disposition (ou louent) la manufacture au porcelainier Michel Vanier. Cet ouvrier talentueux s’associe avec François Alluaud, propriétaire d’un gisement de kaolin à Marcognac (Haute-Vienne).
Contrat d’association entre Michel Vanier et François Alluaud, enregistré le 22 février 1790, Bordeaux, Archives départementales de la Gironde (7 B 128)
Disposant ainsi de matières premières de qualité et des fonds nécessaires au bon fonctionnement de la manufacture, Vanier façonne et décore une partie de la production et fournit une autre partie aux Verneuilh, des porcelaines blanches qu’ils font décorer de leur côté et qu’ils vendent dans leur magasin. La manufacture produit surtout de la vaisselle de table et des services à boissons exotiques, qui se caractérisent par leur élégance, leur raffinement et leur délicatesse. Le succès est rapidement au rendez-vous : Vanier reçoit de nombreuses commandes, y compris pour l’Amérique et Saint-Domingue et ouvre un magasin sur les allées de Tourny. Certains décors offrent une ressemblance troublante avec ceux d’autres fabriques. Vanier se vante, en effet, de pouvoir compléter et assortir « les services dépareillés, de toutes sortes de dessins ».
« M. Vannier, Entrepreneur de la Manufacture de Porcelaines cuites au charbon de terre, établie au Château des terres de Bordes, en paludate, tient toujours son magasin sur les allées de Tourny, près la Salle de M. Blondin ; on y trouvera des vases & pots de fleurs, en dessins variés. Ledit Sr fait des envois pour l’étranger, & assortit les services dépareillés, de toutes sortes de dessins, & à juste prix. » - Journal de Guyenne, 25 août 1789 (n°237) ; annonce reprise le 24 octobre et le 29 octobre de la même année.

Paire de vases, manufacture des Terres de Bordes, (l’un est signé « Omont à Bordeaux 1793 »), 1787-1790, porcelaine, musée des Arts décoratifs et du Design (inv. 83.2.2 et 83.2.3) © madd-bordeaux – B. Hatala
Cette pratique témoigne ainsi de la circulation des modèles et des ouvriers d’un atelier à l’autre. Malgré sa réussite, Vanier se débat continuellement contre le manque d’argent. Au début de l’année 1790, il envisage de vendre la manufacture, mais ne trouve aucun repreneur potentiel. Sa mort prématurée en 1790 précipite la chute de la manufacture.

Inventaire après décès de Michel Vanier (3 E 15435), 8 mars 1790, Archives départementales de la Gironde, Bordeaux
En quelques années seulement, grâce à d’habiles commerçants et des artisans talentueux, la manufacture des Terres de Bordes réussit à produire une porcelaine de qualité aux décors élégants. Malgré des difficultés financières récurrentes et la mort prématurée de Michel Vanier, il n’est pas impossible qu’elle eût perduré plus longtemps si les circonstances politiques d’alors avaient été plus clémentes.
Pour aller plus loin :
- Lire l'article "L’histoire de la manufacture" par Camille Jolin - Catalogue numérique de l'exposition
